Psychopathie sexuelle. De l’onanisme chez l’homme

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Docteur Pouillet, article « Bestialité », in Psychopathie sexuelle. De l’onanisme chez l’homme, Éd. Vigot frères, Paris, 1897, p. 2-4.

Bestialité. — On entend par bestialité tout rapport génital ou contre nature de l’homme ou de la femme avec un être vivant qui n’appartient pas à son espèce. La bestialité était connue des hébreux, et Moïse, dans le Lévitique, formule ainsi le châtiment de ce crime de lèse-humanité :

« v. 14. L’homme qui se sera souillé avec une bête sera puni de mort ; vous tuerez aussi la bête.

« v. 15. Et quand quelque femme se sera prostituée à quelque bête que ce soit, tu tueras cette femme avec la bête ; on les fera mourir, leur sang est sur eux [1]. »

Née dans les chaudes contrées asiatiques, comme tous les raffinements de la lubricité, cette turpitude a été connue de bonne heure en Égypte, où elle eut même les honneurs d’un culte religieux. Les femmes, en effet, avaient des rapprochements avec Mendès ou Pan, le bouc sacré.

Des bords du Nil elle se répandit en Grèce et de là dans l’empire latin, soumettant à sa domination les hommes et les femmes.

« Nàm et cabras, porcas, equas iniverunt viri et feminæ insano mascularum bestiarum amore exarserunt [2]. »

À Rome, les serpents, nourris dans le temple d’Esculape ou conservés dans certaines maisons comme objets de plaisirs pour les matrones, servaient, selon divers commentateurs, à des rapports extra-naturels auxquels on les dressait tout spécialement. Il ressort d’un passage de Suétone que Atia, la mère d’Auguste, fut souillée par un serpent, une nuit qu’elle s’était endormie dans le temple d’Apollon.

« Lego Atiam, quum solemne Apollinis sacrum mediâ nocte venisset, posita in templo lectica, dum ceteræ matronæ dormirent, obdormisse : draconem repentè irrepsisse ad eam paulèque post egressum ; illamque epergefactam quasi à concubitu mariti purificasse se et stattin in corpore ejus extitisse maculam, velut depicti draconis, nec potuisse unqnàm eximi, adeo ut mox publicis balneis perpetuo abstinuerit [3]. »

Toutefois les femmes recherchaient surtout les ânes dont la salacité reconnue promettait plus de volupté à leur hystérique insatiété.

… Hic si Quæritur, et desunt homines : mura nulla per ipsam, Quominus imposito cluuem summitat asello [4]. Au moyen âge la bestialité était aussi répandue, sinon plus, que dans l’antiquité. Les hommes d’armes s’y livraient partout où ils passaient, et tout était bon à leur passion : juments, pourceaux, moutons ou volatiles. Telles compagnies en marche, au dire des historiens, étaient suivies d’un troupeau de chèvres richement caparaçonnées et réservées aux chefs et à leurs familiers. Grâce à la contagion de l’exemple, le vice devint générai.

Aussi est-ce sans étonnement que l’on rencontre dans les ouvrages théologiques la recommandation au confesseur de poser cette question à son pénitent :

« Fecisti fornicationem contrà naturam, id est cum masculis vel animalibus coire, id est cum equo, cmii vaccâ vel aliquo animali, cum avibus et piscibus ? »

Aussi faut-ii reconnaître qu’il avait sa raison d’être le passage suivant des statuts de la compagnie de Jésus :

« Semper à viris gravibus atque in vià spirituali exercitatis audivi ne feles quidem aut canes tangi à nostris oportere, regulam per eum tactum violari, pœnasque irrogari vidi iis qui feles per jocum tetigissent [5]. »

Aussi doit-on admettre, enfin, qu’elle était nécessaire la sanction pénale attachée au péché bestial commis par un membre du clergé :

« Item episcopus cum quadrupede peccans decem annos pœniteat, presbyter quinque, diaconus tres, clericus duos. »

De nos jours cet abus génital est heureusement plus rare. Cependant on le rencontre encore chez certains cavaliers et, dans les campagnes, chez les muletiers, les âniers ; mais ce sont surtout les pâtres, les bergers, porchers, chevriers, vachers, gardeurs d’oies, de dindons, etc., qui se livrent à l’acte bestial sur les animaux qu’ils font paître. II est peu de villages où l’on ne connaisse un de ces êtres dégradés que les habitants du pays flétrissent des surnoms de Cabreux, de Sauteux, de Sailleux de bêtes.

II n’est pas très rare non plus de voir nos tribunaux condamner damner des sujets surpris en flagrant délit de bestialité dans des lieux publics.

C’est ainsi qu’une Chambre correctionnelle de Paris condamnait le 5 janvier 1880, à 4 mois de prison et 16 francs d’amende un vieillard de 74 ans, arrêté le 2 du même mois à 3 heures et demie de relevée dans un urinoir de, la rue Puébla, au moment où, ayant introduit son pénis dans la gueule d’un gros chien de Terre-Neuve, il était en train de manuéliser cet animal.

C’est ainsi qu’une autre Chambre avait, en 1870, prononcé une peine de 6 mois de prison et 16 francs d’amende contre le nommé D…, né à Paris, marié et père de trois enfants, lequel s’était fait surprendre à 4 heures du matin, dans un urinoir du boulevard Voltaire, à genoux et ayant un chien entre les cuisses. L’agent qui verbalisa signalait, dans son rapport du 5 février, que c’est guidé par des cris plaintifs d’un animal qu’il s’était décidé à pénétrer dans l’urinoir et à arrêter le prévenu dont les vêtements étaient couverts d’eau.

Notes [1] Ch. XX, Bible de J. F. Ostervald. Cambridge, 1873.

[2] Plutarque. Bruta animalia ratione uti, c. XV.

[3] Vita Augusti, c. 94.

[4] Juvénal, sat. VI, V. 332-333.

[5] Regulæ communes, XXXIV.

Source: Eros-Thanatos, bibliothèque virtuelle érotique http://www.eros-thanatos.com/+-Bestialite-+.html