Loi/condamnations/2024-11-10 Avesnes atteintes sexuelles

Source : https://www.lobservateur.fr/nord-au-tribunal-pour-zoophilie-avec-une-jument

Nord – Justice : au tribunal pour zoophilie avec une jument

10 octobre 2024

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« Je n’ai pas mis mon sexe dedans, je l’ai juste frotté ».

Par Benoit Didier

Jacques*, 68 ans comparait ce mercredi au tribunal d’Avesnes. Les faits qui lui sont reprochés sont sordides : atteintes sexuelles sur un animal, en l’occurrence une jument.

Le 19 mars 2024, Jacques, un habitant de Locquignol qui fait de la pension de chevaux depuis plusieurs années, ne sait pas ce qui lui a pris. A la barre, l’homme célibataire et sans enfant, bredouille, chochotte presque. Il semble logiquement gêné.

« Pas des faits communs »

« Ce ne sont pas des faits communs », tente le président. En effet… Quelle ne fut pas l’horreur pour Julie*, la propriétaire d’une jument, de découvrir Jacques sans pantalon non loin de son animal tentant maladroitement de se rhabiller, alors qu’elle souhaitait rendre visite à sa jument en pension. L’homme avait retourné un abreuvoir en fer pour être à bonne hauteur. La jument était attachée pour ne pas bouger.

« J’ai juste frotté mon sexe »

Le lendemain, Julie se rend en gendarmerie pour déposer plainte. L’enquête est lancée. Dans la procédure, Jacques reconnait avoir pénétré la jument de trois ans. A la barre, il nie maladroitement et s’explique : « Je n’ai pas mis mon sexe dedans, je l’ai juste frotté. »

Interrogée, Julie exprime sa sensation de « dégoût ». En larmes, elle déclare avoir eu « la nausée » quand elle a découvert Jacques, « immobile près de la jument, le temps qu’il se rhabille ». Se constituant partie civile, elle évalue son préjudice moral à 1 000 euros et ses frais vétérinaires à 714 euros.

Lors de la procédure, l’examen psychologique de Jacques ne démontre pas une anomalie mentale et psychologique. Le risque de récidive est jugé faible. L’animal a lui aussi été examiné : « Pas d’anomalie sur le sexe de l’animal, ni de liquide à l’intérieur. »

« Alors, qu’est ce qu’il s’est passé ? », relance le président. « Je ne sais pas », répond une nouvelle fois Jacques. Le président demande si Jacques a déjà eu ce genre de comportements avec ses chiens. « Non », dit-il. On s’interroge aussi sur la présence d’enfants dans son entourage. Même réponse du prévenu.

Inscription au Fichiers des auteurs d’infractions sexuelles ?

Pour la procureure de la République, « il y a eu une certaine préparation du geste avec l’abreuvoir retourné ». Elle ajoute que Jacques « reconnait à minima une atteinte sexuelle » et que « les faits sont caractérisés ». Pour elle, le positionnement de Jacques « questionne et inquiète ».

Elle requiert six mois d’emprisonnement entièrement assortis d’un sursis pendant deux ans. Evidemment, des soins psychologiques et étonnamment l’inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais) sont réclamés. Mais aussi, une interdiction de détenir des animaux de manière définitive.

« Le procès de la solitude »

L’avocat de la défense rejette ce dernier point : « Ses chiens vont aller à la SPA? » Il admet que « le geste est impardonnable » et que « les faits sont particuliers à juger ». Mais il embraie alors sur « la vie particulière » de son client pour lequel il a ressenti « de la peine ».

Jacques aurait eu plusieurs drames dans sa vie. Ses six frères et sœurs seraient décédés. Son père aurait battu sa mère durant toute son enfance. Jacques n’aurait eu sa première relation amoureuse qu’à 49 ans. « C’est le procès de la solitude », ose l’avocat. « Mon client se sent idiot et honteux », poursuit-il avant de rejeter également l’inscription au Fijais. « Nul besoin de stigmatiser mon client. Il ne s’agit pas d’une agression sexuelle sur un être humain », lance-t-il.

De retour à la barre, Jacques aura ses derniers mots malheureux : « Je n’ai jamais eu de chance avec les femmes ».

Le délibéré

Le délibéré tombe. Jacques est condamné à 8 mois d’emprisonnement en sursis simple. L’interdiction définitive d’avoir une activité professionnelle avec des équidés est prononcée. Jacques échappe à l’inscription au Fijais. Et il devra s’acquitter de la somme de 800 euros en réparation du préjudice moral de Julie.

* prénoms d’emprunt